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Identité du personnage
Nom du personnage: Nokomis
Métier (MTERP): Artisan polyvalent
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Présentation de Nokomis

le Lun 16 Juil - 22:14
MA PRÉSENTATION

QUI SUIS-JE?
Dans la fin de la vingtaine, amoureuse de littérature et d'art.

ETES-VOUS MAJEUR(E)?
Oui

MON PARCOURS DE JEUX VIDÉO
J'ai écumé pas mal de mmorpg (RO, Lineage 2, Aion, GW2, Archeage, BDO), ai pas mal joué à Ark avant d'adopter CE (dès le début de l'early access). Je suis également une adepte des jrpg (plutôt sur console, donc).

COMMENT AVEZ-VOUS DECOUVERT LE SERVEUR?
Je le connais de nom depuis longtemps.

PSEUDO DISCORD
Nokomis

MON EXPÉRIENCE ROLEPLAY
Je pratique le jeu de rôle en ligne (jeux et forum) depuis une quinzaine d'années.

QUEL EST LE MOT CLEF A TROUVER EN LISANT LES RÈGLES DU SERVEUR?
*validé par Akhoris*

LA PRÉSENTATION DE MON PERSONNAGE


Nom du personnage : Nokomis

Age : 20

Religion : Autre (précision dans le BG)

Ethnie : Régions sauvages Pictes

Langue(s) maitrisée(s) : Picte

Métier(s) MTERP : , Chasseur-cueilleur, Apothicaire

Arme(s) maitrisée(s) : Arcs (capable d'en tenir un correctement, sait tirer des flèches mais n'y est pas particulièrement talentueuse).

BG :

Je sais qu'il est mort. Il est mort après m'avoir livrée à ces hommes qui m'ont laissée sur la croix en ce désert inconnu. Je l'ai lu dans son regard la dernière fois que je l'ai croisé. Il s'est donné la mort. Cela ne m'apporte aucun soulagement. Au contraire, je me sens encore une fois coupable d'avoir entraîné la mort d'un être qui m'aimait. Il aura été à la fois ma perte et mon salut.

Lorsqu'on demande à un homme de raconter sa vie, il commence généralement par lister son ascendance, il fait le récit de sa naissance et celui du passé de ses géniteurs. Il retrace le chemin de ceux qu'il a aimés.  Si c'est un guerrier, il fait la liste de ses victoires et de ses défaites. Moi, si je devais conter la mienne, je crois que cette histoire reposerait sur toutes ces vies auxquelles la mienne a mis fin. Je n'ai laissé derrière moi qu'un sillage de mort ; comme si, pour me permettre de continuer à vivre, il fallait alimenter de sang le sol que je foule.

Trop de sang a coulé par ma faute. C'était à moi de mourir. Et pourtant, il me faut vivre pour honorer tous ces sacrifices. Leurs âmes ne vivent plus qu'à travers moi et le souvenir que je porte d'elles. Une existence n'est au fond qu'une somme de souvenirs, mal assemblés, erronés, flous et confus, embrouillés et désordonnés. Ce n'est pas une ligne claire et facile à appréhender. Il m'est impossible de déterminer à quel moment tout a basculé.

A ceux qui me questionneront sur ce qu'il s'est passé avant, à ceux qui voudront savoir pourquoi, je répondrai sans clarifier. Les mots sont trop durs à trouver pour exprimer les choses de manière limpide, et je crois préférer qu'elles restent nébuleuses dans mon esprit. Il y a des événements inintelligibles. Je dirai juste la vérité, sans détail et sans précision. J'ai été exilée parce que j'ai commis un grave sacrilège contre le Seigneur des Bêtes. Je ne regrette pas, et j'en assume l'entière responsabilité.
__________

Fragment II :  Certains remèdes tourmentent davantage que le mal qu’ils guérissent.

Akba-Atatdia marchait sur le sable d’un pas hésitant. C’était le début de l’après-midi et le soleil au zénith projetait sa lumière crue contre la plage déserte. Quelques nuages épars et cotonneux moutonnaient dans l’azur, mûs par le vent sec et froid qui déferlait sur la grève. Les ombres rapides des oiseaux de mer défilaient sur le sol pâle, se succédant et s’entrelaçant dans un ballet spontané ; leurs cris retentissaient depuis l’horizon, comme synchronisés parfaitement avec le flux et le reflux des vagues contre les rochers.

La première fois qu’il la vit, elle n’était qu’une silhouette perdue sur cette plage immense et désolée, une chimère aux contours fluctuants, un songe sur lequel la réalité n’avait aucune prise. Le chaman de l’Ours s’arrêta, tendu. Cela faisait quelques semaines que les Mitakwen -ceux qu’on avait exclus- s’étaient installés dans une grotte près du rivage, sur le territoire de l’Ours. Leur présence était tolérée parce qu’ils apportaient une aide spirituelle et médicinale à ceux dont le cas semblait désespéré. Surtout, ils bénéficiaient de la protection d’une femme nommée Wakanda dont on disait qu’elle était une fille de Jhebbal Sag et qu’elle était dotée de pouvoirs occultes. Elle avait d’ailleurs atteint un âge assez avancé, ce qui était pour le moins inhabituel chez un Picte.

Akba-Atatdia attendit que l’ombre vînt à lui. Il peinait à la distinguer car elle marchait avec le soleil dans le dos ; le contre-jour le contraignait à crisper les yeux. Elle n’était pas bien grande et avait cette démarche souple et désinvolte qu’ont les jeunes enfants. Elle ne portait qu’un petit pagne en peau, maintenu sur ses hanches par des liens de cuir qui en pressaient légèrement la chair au ton caramel. Sa chevelure de jais prenait des reflets rutilants à la lueur solaire. Lorsqu’elle fut face à lui, il s’attarda longtemps sur son visage. Quelques peintures ornaient sa peau d’arabesques blanches et de couleurs chaudes. Elle avait les yeux du même bleu que le ciel et que l’océan. Elle affichait un air rieur et frivole.

Tu ne devrais pas être seule ici, lui dit-il sur un ton moralisateur.
Où est-ce que j’devrais être, alors ?
En sécurité, avec les autres.

Elle lui répondit d’un rire amusé et commença à lui tourner autour pour l’inspecter avec une curiosité insolente. Il la suivit d’un regard sévère et incrédule.

Pourquoi t’es déguisé en ours ? finit-elle par demander.

Akba-Atatdia ne chercha pas à réprimer l’éclat de rire que cette question provoqua chez lui. L’incongruité de cette question avait réveillé chez lui une hilarité qu’il avait pensée perdue à jamais. La fille parut vexée quelques instants. Le chaman portait effectivement une peau d’ours sur la tête, comme il était de coutume. C’était un homme d’une trentaine d’années, à la peau et aux yeux sombres, au nez aquilin et aux lèvres fines. Il était vêtu d’une tenue assez complexe, mêlant différents ornements symboliques. Partout sur son corps, la peau imberbe était mouchetée de tatouages.

Je ne suis pas déguisé. Je suis le chaman de l’Ours. Le seigneur des bêtes m’a indiqué dans ses murmures qu’il me fallait trouver Wakanda. Mène-moi à elle.

Elle cligna des yeux, comme étonnée. Ses pupilles se détournèrent quelques secondes vers l’horizon et elle le contempla pensivement, le visage neutre. Akba-Atatdia observa les cheveux de la créature que le vent soulevait à intervalle régulier, dénudant ainsi sa nuque gracile et bien allongée.

Es-tu malade ?
Je le suis, répondit-il.

Il sentit soudain la main frêle se refermer sur son poignet, dans un geste doux et précautionneux. Elle releva son minois vers lui, souriant avec gentillesse. Il garda son air austère.

Viens, alors, Wakanda te guérira.

Il se laissa entraîner par elle. Elle marchait vite, contre la bise, et tirait sur son bras avec une fermeté qui compensait son manque de force. De toute façon, il ne chercha pas à y faire opposition. Elle dégageait un parfum agréable, de sable et de sel, de myrte et de cèdre ; que le vent portait jusqu’à lui pour en emplir ses narines.

Ils cheminèrent ainsi durant quelques minutes, jusqu’à atteindre la haute falaise au pied de laquelle mourrait la plage. Là, on distinguait clairement une large ouverture irrégulière, marquant le seuil d’une grotte. Quelques hommes armés de lances et d’arcs en gardaient l’entrée. Certains d’entre eux présentaient des particularités physiques, comme cet albinos dont le chaman croisa le regard vermeil ; mais la plupart étaient somme toute des Pictes normaux. La créature fit un léger signe et on les laissa pénétrer dans la cavité.

L’intérieur avait été aménagé en un campement de fortune, désordonné et chaotique. Quelques torches, fixées sur de hauts bâtons plantés dans le sol, diffusaient une lumière chaude sur les parois sombres et humides. L’excavation se divisait en plusieurs boyaux sinueux. Sa guide ne lui lâcha la main que lorsqu’ils furent arrivés dans l’antre où officiait Wakanda ; s’y s’entassaient pêle-mêle toutes sortes de babioles, de peaux, d’ossements de bêtes et d’ustensiles étranges. Des tentures éliminées couvraient la roche des cloisons. Sur un gros roc, au fond, quelques chandelles d’une cire grisâtre propageaient leur clarté vacillante. Wakanda était assise en tailleur à même le sol. Le chaman de l’Ours ne l’avait jamais vue et il la dévisagea longuement.

C’était incontestablement une vieille femme. Son visage buriné portait les stigmates du temps. Sa peau fripée avait la couleur bistrée habituelle des Pictes. Elle était vêtue d’une sorte de tunique blanche, peut-être de lin, qui était trop large pour son corps efflanqué. Son cou et ses membres ployaient sous la lourdeur d’une quantité innombrable de colliers et de bracelets. Elle releva vers eux ses prunelles de charbon. Akba-Atatdia y nota un vif éclat de tendresse lorsqu’elles se posèrent sur la jeune femme qui l’avait guidé.

Nokomis, mon petit oiseau, que m’as-tu rapporté aujourd’hui ?
Un type déguisé en ours qui veut se faire soigner.

Wakanda se mit à rire de bon coeur. Elle se releva pour venir leur faire face. Le chaman s’efforçait de garder son sérieux, mais un sourire avait discrètement effleuré ses lèvres.

Jhebbal Sag m’a envoyé à toi, Wakanda, pour que tu m’aides à guérir du mal qui me tourmente. Si tu y parviens, je ferai en sorte que le clan de l’Ours ne vous porte jamais préjudice, et vous pourrez rester sur notre territoire tant que vous le voudrez.
Quel est le mal dont tu souffres, chaman de l’Ours ? Bien qu’ils ne se fussent jamais croisés, la vieille femme l’avait aisément identifié.
Il y a de cela quelques jours, j’ai totalement perdu le goût de la vie. Je ne parviens plus à m’alimenter, même respirer me demande désormais de faire un effort.
T’a-t-on jeté une malédiction ?
Je n’en sais rien, mais je n’ai trouvé moi-même aucune solution et j’ai pourtant pratiqué de nombreux rituels.

Wakanda se racla la gorge. Elle sonda scrupuleusement son interlocuteur d’un regard grave, gardant le silence. L’enfant s’était éloignée pour s’adosser contre l’une des parois de la cavité, muette également.

Elle, Wankada pointa Nokomis d’un geste de la main, sera ton remède.
__________

Fragment I :  La plume au vent n’est pas plus libre que l’oiseau en cage.


Tes yeux…
Quoi mes yeux ?
Je sais qui tu es. Je n’ai jamais vu des yeux aussi bleus, il marqua une respiration avant de rectifier, je n’ai jamais vu d’yeux bleus en fait.

Nokomis prit un petit air exaspéré. Dans ces forêts où tous arboraient des yeux sombres comme la nuit, ses prunelles céruléennes faisaient figure d’exception et suscitaient bien souvent la fascination et la crainte. A sa naissance cela n’avait guère posé de problème puisque tous les nourrissons viennent au monde avec les iris azurés. Seulement, contrairement à ceux de ses semblables, les yeux de Nokomis ne s’étaient jamais dépourvus de leur myosotis. La vérité hurlait que sa naissance était le fruit d’un adultère, mais la réalité de la société et des croyances pictes attribua cela à quelque maléfice.

Ses yeux lui avaient valu d’être assez tôt marginalisée au sein de la tribu du Corbeau, à laquelle appartenaient ses présumés parents. Ces derniers assurèrent qu’un esprit malfaisant avait dérobé leur nourrisson ; que l’enfant n’était qu’un leurre pernicieux déposé à la place du bambin subtilisé. C’était une méthode couramment utilisée pour se débarrasser des enfants fragiles, difformes et déséquilibrés ; ou bien pour se préserver de la honte engendrée par la fornication avec un étranger.

Sahale de l’Ours peinait à détacher son regard de celui de Nokomis. Il en convint qu’il ne s’agissait pas que d’une question de couleur. Il y avait dans les yeux de cette fille une profondeur qu’il n’avait jamais croisée nulle part, et qui était si terrifiante qu’ensorcelante. Il y lisait très clairement un mélange singulier de détermination, de peur, d’insouciance et de fragilité. Elle le happait. Il secoua la tête.

—  Pourquoi es-tu ici ?
Les miens sont morts alors je suis partie. Tu n’crois quand même pas que je suis venue par ici par plaisir ?

Nokomis avait passé son enfance et son adolescence au sein d’un groupe de parias, sans clan et voués à une extinction encore plus rapide que celle du Picte moyen, dont l’espérance de vie était déjà fort réduite. Elle avait grandi entourée d’autres qui, à son instar, avaient été rejetés par leur clan pour des raisons variées. Cela n’avait pas été une vie facile mais la jeune femme avait bénéficié de cette affection indéniable que les monstres savent s’accorder les uns aux autres. Elle y avait appris la survie et avait goûté à un certain bonheur qu’elle ne renierait jamais. Ses contacts avec le reste du monde se limitaient à des rencontres périodiques et irrégulières avec les quelques Pictes des tribus avoisinantes qui venaient à eux dans l’espoir de connaître leur destin ou de faire guérir leurs écrouelles.

—  Les tiens sont morts par ta faute.

Nokomis fusilla Sahale d’un regard douloureux, mais elle ne répliqua rien.

On dit que le chaman de l’Ours te recherche, que Jhebbal Sag lui a murmuré qu’il devait t’offrir à lui dans l’un de ses bosquets sacrés.

Sahale n’avait aucune envie de s’en prendre à elle. Elle avait cette innocence et cette fraîcheur inexplicables au regard de l’existence qu’elle avait menée ; cette douceur aussi, qu’il sentait quand bien même elle ne la manifestait pas. Elle était différente de ce qu’il avait imaginé. Les traits de son visage avaient conservé la rondeur de l’enfance. Elle était petite et frêle, mais dégageait une forte énergie. Il y avait quelque chose d’étonnant à ce qu’elle ait survécu si longtemps et en même temps cela sonnait comme une évidence dès lors qu’on se heurtait à l’intelligence malicieuse qui pétillait dans ses pupilles.  

Tu ne vas pas me livrer à lui, n’est-ce pas ? demanda Nokomis d’une petite voix anxieuse.
Je ne vais pas te livrer à lui, mais tu ne dois pas rester ici.

Elle opina simplement sans rien ajouter. Il lui faisait une immense faveur, elle lui coûterait peut-être la vie, puisqu’il s’opposait à l’un de ceux qui entendaient le seigneur des bêtes. Elle ne lui faisait pas encore confiance pour autant. Elle s’approcha de lui et se hissa sur la pointe de ses pieds nus pour déposer un léger baiser sur sa joue. Elle effleura son épaule de la main. Puis elle le contourna et commença à s’éloigner dans les bois, véloce et alerte. Il se retourna pour la regarder partir, hypnotisé par le balancement cadencé de ses hanches.

On te nomme « Plume au vent » par chez moi, dit-il en haussant la voix pour qu’elle entende,je trouve que ça te va bien !

Elle marqua un arrêt, statique mais onduleuse sur ses jambes graciles et flexibles. Son visage tourna lentement vers Sahale, électrisant son corps immobile de quelques vibrations.

« Plume au vent », répéta-t-elle avec amusement, c’est vrai que j’me sens souvent comme la plume au vent : libérée de toutes chaînes mais portée par un souffle indomptable et que je ne contrôle pas... En réalité, je me nomme Nokomis, la fille de la lune, car c’est sous ses rayons que je suis née.

Elle se mit à rire avec candeur, sans raison apparente. Sahale rit avec elle. Il fit un pas dans sa direction. Elle haussa un sourcil, circonspecte.

—  Laisse-moi venir avec toi, Nokomis, je te protégerai.

Il regretta sa proposition au moment même où les mots sortirent de sa bouche, mais ce regret se dissipa en une seconde et il ne l’éprouva plus jamais par la suite.
__________

Fragment V :  La bête ne perd pas sa vie à se démener pour ne pas être un homme.

Le ciel noir, dépourvu d’étoiles, laissait la blanche rondeur de la pleine lune esseulée ; elle inondait le bosquet sacré de son éclat diaphane. Le vent, aigre, balayait les bois d’une haleine placide, faisant chuinter les aiguilles des immenses séquoias et grincer leurs silhouettes vertigineuses. La forêt résonnait toute entière de sa rumeur confuse et ténue, musique dysharmonique qui se heurtait au flanc des collines pour tintinnabuler jusqu’au firmament.

Nokomis était allongée sur l’autel de pierre noire qui marquait le coeur du bosquet sacré.  Un rayon de lune l’éclairait, filtrant à travers l’ombre des hauts arbres grimaçants pour se croiser avec la lueur montante des bougies qui se consumaient au pied de l’autel. Elle était nue comme au premier jour, mais son corps avait été orné de nombreuses peintures rituelles qui traçaient de sibyllines arabesques sur sa peau uniforme. Sa chevelure défaite, sombre, s’étalait autour d’elle comme une couronne de nuit. Une respiration calme soulevait périodiquement sa poitrine nue. Elle avait sur le visage cette expression de sérénité étrange qui est celle de ceux qui dorment sans rêver.

Elle s’éveilla en douceur, ses paupières se soulevèrent et elle inspira une bouffée d’air nocturne. Elle mit quelques secondes à réaliser où elle se trouvait. Son regard embrumé trahissait la léthargie dans laquelle elle était plongée. Probablement lui avait-on fait ingérer quelque drogue qui embuait encore son esprit. Son corps, d’ailleurs, lui semblait comme engourdi et elle éprouva une certaine peine à se redresser sur le roc taillé faisant office d’autel.

Alors qu’elle promenait ses doigts contre la pierre glaciale, ils rencontrèrent le relief sec et gluant de nombreuses traces de sang, sinistres témoignages des sacrifices qui avaient été offerts ici au seigneur des bêtes. Au bout de quelques instants d’analyse flegmatique, la panique s’empara subitement d’elle. Elle avait compris. Elle s’arracha brutalement à l’autel. Ses pieds nus rencontrèrent le sol couvert d’ossements et d’offrandes de tous types. Les fleurs fraîches s’y mêlaient à la poussière de celles qui étaient mortes depuis longtemps et les bibelots sans importance cohabitaient avec les restes nécrosés de vies humaines et animales.

Cet amoncellement compliqua encore davantage sa vaine tentative de fuite. Chancelante, elle finit par perdre l’équilibre et s’effondra dans l’herbe tendre. Elle tenta de se remettre debout mais son corps cotonneux lui opposa une vive résistance. Elle lutta durant quelques instants, cherchant à user de tous ses membres pour pouvoir reprendre son échappée. Puis elle se résolut à admettre qu’elle était encore trop faible pour cette entreprise et s’efforça simplement de rassembler son corps afin de se tenir à genoux et de pouvoir surveiller les alentours.

Elle haussa le visage avec une indéfinissable impression. Quelque chose avait changé. C’était comme si toute la forêt s’était tue. Depuis sa chute, il régnait dans le bosquet un silence de mort. Elle-même retint son souffle par peur de troubler ce calme saisissant. Les larmes lui montèrent aux yeux et vinrent tremper ses iris bleus. Elle scruta autour d’elle. Les arbres lui semblaient se tordre dans une affreuse sarabande, noyés dans une brume légère qui s’était levée rapidement. Là-haut, un nuage noir voilait à moitié le disque parfait de la lune. Autour d’elle les flammes des bougies oscillaient violemment alors qu’aucun vent n’était plus perceptible.

Un souffle soudain et brutal lui hérissa la chair, il éteignit toutes les chandelles d’un seul coup. Elle poussa un cri, qu’elle fit taire d’elle-même en se plaquant la main sur la bouche. Elle releva les yeux vers le ciel. La lune avait disparu. L’obscurité était à la hauteur du silence, immenses tous deux comme la frayeur qui accéléra le pouls de Nokomis.

Pas de série pour le nombre un… commença-t-elle à réciter à voix basse pour focaliser son attention sur autre chose que l’effroi.

Deux yeux jaunes se mirent à scintiller dans les ténèbres sylvestres qui lui faisaient face.

… la Nécessité unique…

Ce regard, qu’elle se souvint avoir déjà croisé une fois par le passé et dont le souvenir était resté gravé dans sa mémoire pour avoir été suivi d’un événement traumatisant, la pétrifia totalement. Hallucinait-elle à cause de la drogue qu’on lui avait inoculée ?

… le Trépas…

Le son de sa voix fut de plus en plus ténu et son timbre tremblait avec une intensité croissante. Il s’avançait vers elle, fendant les ombres de son allure lente et confiante. Ce qu’elle éprouva à cet instant était difficile à décrire. La puissance de l’être qui venait à elle était si forte et si terrible qu’elle en était presque palpable, elle l’entourait comme une aura qui émanait de lui pour se projeter tout autour.

… père de la Douleur...

Elle se mit à sangloter. Implorer était vain, elle le savait déjà. Certaines choses devaient arriver, quoi qu’on fît. Ses doigts se crispèrent sur l’herbe humide de rosée, elle baissa le front pour ne plus le voir approcher.

… Rien avant…

Son buste s’affaissa vers l’avant et elle enfouit le visage contre le sol. Elle perçut le goût salé des larmes contre sa bouche et leur morsure timide contre la chair de ses joues. D’autres, à sa place, se seraient senties profondément honorées. Peut-être aurait-il été plus sage de s’accorder pour l’être, quelle que fût l’issue de cette rencontre, mais elle ne savait pas lutter contre ses émotions. Pourtant, à la pensée de tous ceux qui s’étaient sacrifiés pour éviter ce qui allait se produire, un courage subit lui empoigna le coeur.

Il était maintenant très proche, elle le sentait tout entier, presque déjà sur elle. Son souffle brûlant cavalait contre la peau transie de sa nuque fléchie. Elle releva le visage. Son regard rencontra celui de la bête. Ses pupilles acérées étaient pareilles à deux fragments d’obsidienne sertis dans de l’or en fusion.

… Rien de plus.
__________

Fragment XI : Les amours qui se rêvent démiurges sont des chimères apocalyptiques.

Tu dois vivre.

Akba-Atatdia faisait face à Nokomis avec une sorte de droiture douloureuse qui compromettait sa prestance. La tristesse déformait les traits de son visage, rehaussée par la vive étincelle de l’amour qui éclairait encore le reflet de son âme, sur la surface brillante de ses yeux. La jeune femme se tenait également debout, les bras croisés sur la poitrine dans une position défensive. Elle portait le malheur avec cette dignité étrange et mélancolique qu’arborent ceux qui ont renoncé à tout espoir.

Ce que j’ai fait entraînera ma mort. J’ai choisi. Je préfère mourir plutôt que de vivre l’existence que l’on m’impose.

Le chaman de l’Ours savait qu’elle disait vrai. Elle était déterminée, déterminée dans sa résignation. Il la trouva à l’image d’elle-même : invaincue malgré les épreuves, plus forte que tous ceux qu’il avait croisés jusqu’ici ; et pourtant si vulnérable.

Nokomis… Quel que soit le prix à payer, je ne laisserai personne t’ôter la vie et ne le ferai évidemment pas moi-même. Je préférerais mourir plutôt que d’avoir à le faire.

Elle inspira longuement. D’un pas fébrile, elle franchit l’espace qui les séparait l’un de l’autre, rétablissant entre leurs corps une proximité dont ils avaient tiré tant d’extase. Elle lui caressa la joue de ses doigts frissonnants. Ses lèvres percutèrent les siennes dans un long baiser.

Je te hais, lui souffla-t-elle dans la bouche, tu es à l’origine de tous les malheurs que j’ai traversés. Tous ces sacrifices sur l’autel de tes incertitudes… Tu as fait périr tous ceux que j’aimais. Pensais-tu vraiment qu’après cela je pouvais porter cet enfant ? M’imaginais-tu engendrer ton successeur, devenir ta femme, oublier que c’est toi qui m’a livrée à la Bête ?

Nokomis…

Le vent ne te murmure-t-il plus rien maintenant que le mal est fait ? Ne te dicte-t-il pas la conduite à suivre ? Toi qui l’as toujours davantage écouté que tu n’as écouté les battements de ton coeur… Je vais mourir, tu le sais, j’ai commis le pire sacrilège que l’on puisse commettre. Et si tu ne m’exécutes pas toi-même, si les tiens ne me mettent pas à mort ; le Seigneur des Bêtes lui-même viendra vous occire pour m’avoir épargnée.

Il lui saisit avec brutalité les joues de ses doigts enfiévrés, enfonçant douloureusement les phalanges dans ses pommettes bombées. Il pressa son front contre le sien, la mâchoire crispée et le corps tendu.

Tu vivras.

Il la repoussa un peu, sans ménagement, la contraignant d’une impulsion à effectuer quelques pas vers l’arrière. Il plongea la main dans l’un des sachets à sa ceinture et jeta une poignée de poudre au visage de la jeune femme. Les fines particules, dont la couleur pourpre scintillait d’un éclat presque irréel, flottèrent quelques temps dans l’atmosphère avant de se dissiper. Nokomis s’effondra mollement au sol, les paupières écarquillées autour de ses iris sidérés, le corps lâche comme celui d’une poupée de chiffon et le buste bercé par le souffle paisible de l’enfant qui dort.

Je paierai pour ton outrage, mais toi tu vivras.

Spoiler:

Synthèse du récit

Nokomis est une Picte née dans la tribu du Corbeau, probablement d'un père étranger puisqu'elle a les yeux bleus. Cette différence lui a coûté, dès l'enfance, une exclusion qui l'a menée à être accueillie dans un groupe composé de parias issus de plusieurs clans, surnommés les Mitakwen et dirigés par une vieille femme nommée Wakanda dont on dit qu'elle est une fille de Jhebbal Sag. Ils mènent une vie de nomades et de chasseurs-cueilleurs à travers la désolation picte, tolérés par les autres tant qu'ils gardent leurs distances et bénéficiant d'une certaine immunité grâce aux différentes superstitions qui les entourent. Wakanda est guérisseuse. Elle se prend d'affection pour la petite Nokomis et en fait son apprentie. [Cela explique ses connaissances dans le domaine de la pharmacopée]

Une rencontre va bouleverser le destin de la jeune femme et de l'ensemble des siens : celle avec le chaman du clan de l'Ours, Akba-Atatdia. Venu se faire guérir auprès de Wakanda alors qu'il est atteint d'une profonde mélancolie, il s'éprend follement de Nokomis. Il souhaite l'emmener avec lui et faire d'elle sa compagne, mais ni la jeune femme ni Wakanda n'y sont favorables. Finalement, il affirme que Jhebbal Sag en personne réclame qu'on livre Nokomis dans l'un de ses bosquets sacrés. Wakanda refuse. On dit que tous les Mitakwenont été massacrés en une nuit par une nuée de fauves, à l'exception de Nokomis. Elle s'engage dès lors dans une longue fuite.

Elle fait assez tôt la rencontre d'un jeune guerrier-chasseur du clan de l'Ours : Sahale. Il décide de la prendre sous son aile. Ils fuient tous deux vers le Nord durant plusieurs lunes, atteignant la région montagneuse de l'Eiglophie. Durant ces mois ensemble, Sahale s'efforce d'apprendre la survie à Nokomis. Il lui enseigne notamment comment confectionner et utiliser un arc et des flèches. Après quelques péripéties qui les contraignent à cesser leur progression vers le Nord pour se diriger vers la côte Ouest, ils sont finalement interceptés.

Sahale est exécuté, Nokomis est livrée à Jhebbal Sag. Quelques semaines après sa nuit dans le bosquet sacré, il s'avère qu'elle est enceinte. Akba-Atatdia aura ainsi récupéré la femme qu'il convoite et celle-ci porte en elle un enfant susceptible de lui succéder en tant que chaman puisqu'engendré par Jhebbal Sag. Seulement, cette grossesse ne parvient pas à son terme. Sachant que cela devrait coûter la vie à la jeune femme, Akba-Atatdia use de sa position et de ses relations pour qu'elle disparaisse en exil plutôt qu'elle ne soit exécutée, probablement espère-t-il également  la mettre à l'abri de Jhebbal Sag. Lui-même se suicide après.


Dernière édition par Nokomis le Mar 17 Juil - 16:50, édité 3 fois
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 2:11
Bonsoir et bienvenue Smile

Je sais que tu as pris le temps de tout mettre en page, je te remercie... Mais j'ai besoin d'avoir les écrits sur le forum. Peux-tu les mettre ici (en éditant) je te prie ? Merci d'avance.
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 11:54
Bonjour et merci.

J'ai édité afin d'intégrer le texte sur le forum. J'ai ajouté un petit préambule pour éclairer l'ensemble et ai sélectionné les quatre scènes qui sont les plus importantes, afin que la lecture ne soit pas trop longue ni laborieuse (et que cela rentre dans le post). Je les ai également remises dans un ordre chronologique, afin d'atténuer l'effet puzzle. J'espère que cela conviendra.
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 12:52
Très plaisant à lire. Mais comme tu l'as bien dis cela dit, c'est assez décousu, on ne comprend pas tout.
Il me faudrait surtout savoir comment elle est devenu apothicaire car rien ne l'indique... Et tu pourrais également mettre un passage sur le fait qu'elle sache chasser à l'arc par exemple.
La raison de son exile n'est pas claire non plus, je me doute qu'elle a tué de nombreuses personnes mais tu ne détailles rien dessus... Et qui l'a envoyé son exile réellement ? Son compagnon ne l'aurait pas envoyé sans pression sociale... Je n'ai donc pas saisi qui l'aurait envoyé.
Oui je sais que c'est frustrant pour certains mais je me dois d'avoir des récits explicites pour pouvoir valider un BG Wink Tu peux m'envoyer ces suppléments par mp si tu ne souhaites pas travestir tes écrits par exemple et garder ce côté mystérieux pour les lecteurs.
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 16:51
Une explication résumée et simplifiée du récit est postée en spoiler, à la fin de la fiche. Smile
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 17:26
C'est bien plus clair ainsi Smile
Je te valide donc ton BG et laisse les admins t'ouvrir les portes du serveur.
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 18:11
Bonjour Nokomis et bienvenue sur notre forum Smile

Merci pour ta candidature. Elle est complète, et te valide un essai de 30 jours.
 
Durant cette période probatoire, tu pourras t'adapter au serveur, ses règles et son RP, construire ton personnage et ton projet de façon RP. A la fin de cette période nous déciderons s'il convient de poursuivre ou pas cette aventure ensemble.
 
Nous t'invitons à compléter ton profil afin d'avoir facilement accès au nom de ton personnage que tu joueras, ainsi que son ethnie, son âge et sa religion.
 
Une fois à l'essai, tu seras ajouté au groupe Exilé qui te permettra d'accéder aux coordonnées du serveur et du discord. A partir de là tu pourras consulter le BG du serveur dans son intégralité. Nous t'invitons à faire ta fiche de personnage qui est importante à faire durant ta période d'essai, sans quoi nous nous réservons le droit de te refuser l'accès au serveur.
 
N'hésite pas à consulter les mises à jours du serveur/forum, ainsi que de quelques règles mises à jour et les événements rp en cours. N'hésites également pas à passer par la visite médicale, toute information est bonne à prendre.
 
Un très joli guide du nouveau joueur et débutant a été fait par les joueurs pour les joueurs que je t'invite à consulter bien évidemment.
 
Si tu as des questions, n'hésite pas à contacter le staff ou à les poser dans le FAQ. Nous essayerons de te répondre du mieux que nous pouvons. Sinon tu as également à ta disposition la FAQ dynamique.
 
Il est à noter que tout recrutement/enrôlage en clan de façon hors RP, est formellement proscrit, et passible d’une exclusion immédiate et sans appel.
 
Bon jeu à toi et à bientôt sur le serveur !
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 18:58
Merci à vous. Au plaisir de vous croiser en jeu !
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 22:58
Femme picte, toi bienvenue sur terres d'exil.
Attention beaucoup de gens bizarres avec drôles de coutumes ici.
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Nom du personnage: Cathrina
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Re: Présentation de Nokomis

le Mar 17 Juil - 23:31
très beau récit, très belle plume, et bien lettré, je jalouse se genre de BG car au delà de mes capacité littéraire, Bravo chapeau bas et révérence
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